Nous sommes tous régis par nos émotions, parfois plus ou moins bien maîtrisées…Mais à quoi servent-elles ? Savoir identifier nos émotions de base et leur fonction spécifique, permet de capitaliser sur leurs effets positifs. Il est également utile de pouvoir repérer les fausses émotions qui dissimulent des émotions authentiques. Décrypter cette confusion nous conduit à comprendre l’essence de nos comportements pour pouvoir y remédier en conséquence.

Qu’est-ce qu’une émotion ? Et à quoi sert-elle ?

Le Larousse donne de l’émotion la définition suivante : « Réaction affective transitoire d’assez grande intensité, habituellement provoquée par une stimulation venue de l’environnement ». L’émotion est une réaction utile à notre développement humain, dans le sens où elle permet de mettre en lumière un problème en vue de le résoudre.

Le psychologue et psychothérapeute Raphaël Gazon, précise les 3 fonctions distinctes que les émotions remplissent : communiquer et influencer les autres, organiser et motiver l’action et enfin nous informer sur nos besoins du moment. En effet « que nous le voulions ou non, nos émotions envoient des signaux à notre entourage et ces signaux vont influencer directement l’état émotionnel d’autrui. Les expressions faciales, vos mouvements et votre posture sont directement connectés aux émotions. (…) Les expressions non-verbales sont un moyen de communication souvent bien plus puissant et plus rapide que les mots. (…). Plus l’émotion est liée à un besoin de communiquer, plus elle aura des difficultés à s’apaiser tant qu’on n’est pas entendu. Cela va poser problème lorsque l’autre n’est pas disposé, capable ou disponible pour recevoir le message véhiculé par l’émotion. (…) Les émotions motivent votre comportement et vous préparent à l’action. (…) Elles vous permettent également d’agir plus rapidement dans des situations importantes, de se mettre en action avant d’avoir pris le temps de réfléchir au moindre détail.(…) Parfois, on fait monter volontairement l’intensité d’une émotion pour se forcer à agir. Par exemple, certaines personnes rumineront leur colère afin de la faire monter jusqu’à ce qu’elle dépasse la peur d’agir ou la crainte de dire ce qu’on pense. D’autres attendront la dernière minute pour réaliser un travail pour que le stress les oblige à faire ce qu’ils ont à faire. A contrario agir dans la précipitation sur base d’une impulsion forte peut vous mener à des débordements difficiles ou parfois impossibles à rattraper. »

Mais finalement toutes ces réactions émotionnelles envers les autres et les événements « donnent des informations à propos des situations que nous vivons. Dans cette perspective, les émotions peuvent être considérées comme des signaux d’alerte que quelque chose d’important se passe. »

Les quatre émotions de base et leurs besoins associés

Les émotions sont variées et semblent souvent complexes, néanmoins elles peuvent être classées selon 4 grands thèmes : la peur, la colère, la tristesse et la joie. Chacune de ces émotions occupe une fonction spécifique : elle met en exergue la nécessité de répondre à un besoin non assouvi.

La peur sert à nous signaler dangers et menaces, c’est un sentiment irrationnel qui concerne le futur. Elle nous permet de prendre conscience d’un danger et d’adapter notre comportement en conséquence pour se protéger. La peur n’est pas un sentiment agréable, mais lorsque le problème a trouvé une solution, le sentiment de peur disparaît. Une peur se respecte, il est utile de prendre des mesures appropriées pour nous protéger face à une peur, afin que celle-ci s’efface. Inversement, plus nous dissimulons nos peurs, plus elles grandissent. Celui qui sait gérer ses peurs peut ainsi accomplir de grandes choses.

La peur est souvent le fruit d’un conflit entre notre besoin de répondre à un critère personnel de réussite et le sentiment de ne pas se sentir à la hauteur.

En cas de peur, notre besoin est d’être rassuré.

La colère sert à mobiliser notre énergie pour faire changer les choses ou les comportements (des autres, comme de nous-mêmes) qui ne nous conviennent pas. D’ailleurs la colère est bénéfique car elle nous permet de nous focaliser sur le problème à résoudre, mais également de tester et renforcer les liens avec autrui : affronter ensemble les conflits développe le sentiment d’appartenance et créé la cohésion du groupe. La colère permet aussi de nous sentir mieux et donne la possibilité à notre corps de se régénérer, de favoriser des changement salutaires.

Il est important d’exprimer cette colère dans l’instant pour décharger son énergie, mais toujours dans le respect de soi et l’autre. Car tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime dans notre mémoire, et par ricochet, tout ce qui est imprimé cherchera à s’exprimer. La colère tire son origine de 3 sources principales que sont la frustration, l’intrusion dans notre territoire et l’entrave à notre liberté. La frustration c’est lorsque quelqu’un n’a pas tenu sa promesse, lorsque nous sommes privés de ce qu’on nous doit ou que nous sommes dépossédés. L’entrave à notre liberté concerne le domaine du temps : si quelqu’un dispose de notre temps sans nous consulter, et les mouvements : si nous sommes pris dans les bouchons ou dans une queue à la caisse d’un supermarché. Par contre, une violence inutile ou un simple défoulement ne font que perpétuer le problème.

La colère est souvent l’indice d’une référence personnelle qui a été bafouée par soi ou par autrui.

La colère indique ainsi un besoin d’être respecté.

La tristesse sert, pour sa part, à nous faire accepter ce qui ne peut être changé. La tristesse est souvent liée à la perte, d’une personne ou d’un objet, elle implique un mouvement de repli sur soi. La tristesse est une bonne chose, en ce sens qu’elle favorise la restructuration de la vie en fonction de cette perte. Notre besoin dans ce cas est d’être consolé, soutenu.

La tristesse sentiment, tourné vers le passé, participe au processus de deuil. Le deuil et ses étapes correspondent d’ailleurs à un processus de cicatrisation qui est inscrit en nous dès la naissance (avec le premier deuil du ventre maternel). Si nous le laissons s’accomplir, la vie continue sous une nouvelle forme car nous nous adaptons à cette perte, même si le prix à payer est le passage par la souffrance et la tristesse. Il n’y a pas de vie sans attachement, pas d’attachement sans séparation et donc pas de séparation sans deuil ni tristesse. D’ailleurs la peur et la colère précèdent la tristesse et trouvent aussi leur place dans un processus de deuil.

Quant à la joie, la plus positive de ces 4 émotions, elle sert à partager avec les autres, à faire circuler un flux d’énergie et de vitalité. Notre besoin dans ce dernier cas est de nous sentir aimé, apprécié, reconnu, admiré. La joie couronne l’atteinte d’un but, la réussite de quelque chose. La joie est un moteur, grâce à elle nous osons, tout nous semble possible, dans le partage nous nous sentons exister. La joie est synonyme de bien-être et de plaisir, elle ne supporte pas la concurrence d’une autre émotion. C’est aussi un véritable aimant relationnel : lorsque nous exprimons de la joie, cela attire la sympathie. Il est important de bien gérer cette émotion en prenant le temps de la partager avec autrui afin d’ancrer cette expérience positive en nous et libérer l’énergie nourricière qui lui est associée.

L’utilisation dysfonctionnelle des émotions

Cependant, l’éducation, la culture, le manque de savoir ou de savoir-faire peuvent nous conduire à utiliser nos émotions de façon dysfonctionnelle. Savoir décrypter un sentiment bloqué requiert tout d’abord une prise de conscience du phénomène. Par exemple, la tristesse ou la dépression liée à un divorce peut cacher une colère sous-jacente contre son ex-conjoint ou une peur de vivre seul. La personne se bloque dans l’émotion tristesse, en méconnaissant la présence de sa peur et de sa colère, qui restent elles non gérées. Par voie de conséquence, cela interrompt le processus de deuil et la personne ne peut envisager une reconstruction salvatrice.

L’analyse transactionnelle a permis d’élaborer nos 3 schémas classiques de dysfonctionnement. Tout d’abord : l’accumulation inconsciente des émotions (la goutte d’eau qui fait déborder le vase) : une accumulation d’émotions négatives qui se déverse à tort sur le dernier venu, lorsque la coupe est pleine, et peut même aller jusqu’à la somatisation, à la folie, au suicide, ou au meurtre dans les cas les plus extrêmes.

La bonne gestion des émotions consiste à exprimer nos émotions au fur et à mesure de façon appropriée, afin de faire disparaitre le malaise. Il faut pour cela identifier quelle émotion nous nous interdisons d’exprimer et dans quel cadre. La réaction excessive est également un dysfonctionnement émotionnel. En général cette réaction est disproportionnée car l’évènement actuel ressemble à une situation problématique vécue par le passé. Cette situation ancienne n’ayant jamais été résolue psychologiquement, les émotions ressurgissent et sont démultipliées. Dans ce cas de figure, un accompagnement professionnel peut s’avérer utile pour repérer les situations anciennes douloureuses afin de le revivre et les « soigner »dans le présent.

Le dernier schéma concerne les fausses réactions : la substitution d’une émotion par une autre pour obtenir l’attention dont on a besoin. La fonction normale d’une émotion est de révéler clairement un besoin pour qu’il soit satisfait. On parle dans ce cas de réaction, car il s’agit d’expression authentique d’un sentiment révélant un besoin à combler. Or il s’agit ici d’une forme de chantage non conscient. Par exemple, un enfant souhaite obtenir quelque chose du parent par la colère (un caprice), cela ne fonctionne pas, il montre alors de la tristesse et l’adulte cède. Cette substitution créée de la confusion et nos besoins psychologiques sont insatisfaits, voire mal satisfaits. L’enfant en conçoit un mode de fonctionnement inconscient qu’il pourra reproduire adulte (substituer de la tristesse à la colère dans l’exemple ci-dessus).

Alors ? Comment bien gérer ses émotions ?

Voici un petit mode d’emploi qui induit une mise à distance de l’émotion, afin d’être en capacité de la décrypter : qu’est ce qui se passe ? qu’est-ce que je ressens vraiment ?Quelles sont les circonstances ou les évènements qui me déclenchent cette émotion ? Car poser clairement ce qui se passe permet d’atténuer l’intensité émotionnelle. Ensuite, il est utile d’attribuer un sens ou un message à l’émotion qui s’est exprimée afin de pouvoir les apprécier à leur juste valeur. Qu’est ce qui ne va pas dans ma façon d’agir ? Que dois-je changer dans ma vie pour aller mieux ? Et enfin choisir d’adopter de nouveaux comportements, trouver des solutions pour répondre au besoin mis à jour par l’émotion. Qu’ai-je à exprimer pour ne plus rester accroché à ces émotions limitatives ? Quelles ressources issues de mon expérience puis-je utiliser pour faire face à cette émotion ?

Savoir exprimer authentiquement nos émotions est la clé d’un bon équilibre psychologique et d’un meilleur rapport à soi, comme à l’autre.

Contactons-nous

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *