la charge mentale

La charge mentale est un terme généralement employé en sociologie du travail. Cependant, ce concept a vite débordé sur la vie personnelle. Déjà en 2017, l’Express titrait : « La charge mentale, le syndrome des femmes épuisées « d’avoir à penser à tout ». »

La charge mentale, comment est-elle née ?

Dans les années 60, différents mouvements féministes ont contribué à mettre en lumière le travail domestique et ses conséquences sur la condition des femmes. Mais c‘est en 1984 que la sociologue française Monique Haicault évoque pour la première fois ce concept. Elle définit la charge mentale comme le fait de devoir penser à un domaine, alors que l’on se trouve physiquement dans l’autre. C’est donc vivre en même temps deux charges. Cette notion a ensuite été appliquée au monde du travail (en 1998) pour définir schématiquement le coût psychique de la pression pesant sur les salariés. « Tout cela a un coût d’ordre cognitif (concentration, mémoire, raisonnement) et psychique (responsabilité, estime de soi, peur) » estime la psychiatre Aurélie Schneider dans son ouvrage La Charge mentale des femmes (…et celle des hommes).

Qui est concerné ?

« Génératrice de stress, cette charge concerne surtout les femmes qui, en plus de leur emploi, s’assurent que la boutique tourne correctement. » constate Emilie Tôn dans l’Express. Sociologiquement parlant, le travail effectué par les femmes au sein de leur foyer n’a jamais été considéré comme tel et pourtant les femmes y consacrent 50% de temps de plus que les hommes (chiffres INSEE 2010). Cependant, c’est la charge mentale des femmes (et des hommes) célibataires /veufs ou veuves avec enfants qui serait potentiellement la plus préoccupante, car ils n’ont personnes à leurs côtés sur qui s’appuyer. Mais les couples divorcés ou les familles recomposées peuvent également se sentir dépassés. De plus, les petits maux du quotidien, le manque de sommeil, la fatigue ou les problèmes de santé peuvent rapidement contribuer à accroître ce phénomène.

La gestion de la vie quotidienne

La personne en charge de la « bonne marche du foyer » doit gérer à la fois la maison, les occupations scolaires et extra-scolaires, les occupations professionnelles, la vie sociale, les rendez-vous de toutes sortes, les loisirs, et tous les problèmes qui y sont liés. Il s’agit d’un empilement de tâches à réaliser, chacune nécessitant des délais de réalisation différents, ce qui ne facilite pas le planning. Au travail, c’est sensiblement la même chose, voire pire si l’on télétravaille.

Les facteurs déclencheurs

Ils sont de deux ordres : les facteurs externes : le harcèlement moral ou sexuel , des conditions de travail créant une surcharge, le chômage (isolement, dévalorisation, doutes), des événements d’ordre personnel : deuil, divorce, déménagement, accompagnement d’un proche dépendant… Les facteurs internes quant à eux sont issus de fonctionnements qui deviennent toxiques : se mettre la pression, être trop exigeant avec soi-même (perfectionnisme), vouloir tout anticiper pour éliminer risques et incertitudes (anticipation anxieuse), une perception erronée du temps qui passe (prendre plus de temps pour effectuer une tâche, que ce que l’on avait estimé), ou la perception que le temps passe trop vite. Tout ceci nous mène à l’inefficacité, voire au burn-out. D’autres comportements comme la comparaison ,une mauvaise estime de soi ou encore l’auto-harcèlement (discours intérieur négatif et dévalorisant) peuvent mener à un problème de surcharge mentale et psychologique.

Comment détecter les signes annonciateurs ?

Malheureusement, les symptômes apparaissent de façon insidieuse. C’est plutôt la persistance de troubles inhabituels, tels le stress ,la fatigue, le manque de sommeil, de concentration, des douleurs variées, une hyperactivité émotionnelle (nervosité, irritabilité, exaspération, colères ou larmes intempestives, lenteur) qui doivent nous alerter sur une charge mentale déjà excessive.

Si cet état de mal être s’installe dans la durée (plusieurs semaines ou mois), il induit une altération réelle de la qualité de la vie qui peut conduire au burn-out.

Des solutions pour se décharger

Voici quelques pistes proposées par la psychiatre A. Schneider avec la règle des 7D :

–         La « Done list » : c’est la liste précise de tout ce que nous avons effectué dans la journée (à faire 2 jours de suite). Cela permet de prendre conscience du travail réalisé, pour éviter la dévalorisation et de se fixer des objectifs plus raisonnables en priorisant les tâches (certaines sont loin d’être indispensables)

–         Diminuer les « il faut.. je dois » qui vous encombrent l’esprit : pour cela, il est important d’organiser une meilleure gestion de son temps et arrêter de vouloir tout faire de façon concomitante (c’est un faux gain de temps). En pratique, commencer par prendre conscience de la différence entre le temps estimé (pour une tâche) et le temps réel, souvent plus long. Cet exercice permet d’établir un planning réaliste. Il faut également s’accorder un vrai temps pour soi, planifié et réellement pris pour se détendre).

–         Déprogrammer notre mental : moins culpabiliser, renforcer son estime de soi, se regarder avec bienveillance sans se comparer à autrui (qui bien sûr se débrouille mieux), se féliciter pour le travail accompli. Et rien de tel que de partager ses ressentis avec les copines !

–         Déconnecter : tablette, portable, ordinateur nous conduisent à la dispersion et nous détournent de nos objectifs. En ce sens, mettre en place des plages de déconnexion représente une action anti charge mentale !

–         Se détendre : prendre le temps de se reconnecter à son corps, pratiquer l’automassage, se réserver un temps de méditation, se relaxer, dormir, veiller à garder une bonne hygiène de vie

–         Douceur : se traiter avec bienveillance, autant son corps que son esprit, savoir accepter les compliments, penser à se récompenser, se remémorer en fin de journée des moments positifs vécus

–         Danser : au terme de l’application de ces préceptes vous pouvez déjà vous féliciter, car même si les progrès sont encore modestes, vous avez choisi d’engager un changement. Vous pouvez désormais « danser » comme la cigale de La Fontaine. Sachez lâcher prise !

Une solution en accord avec ce qu’écrit Emma dans sa désormais célèbre bande dessinée Fallait demander : « les hommes doivent apprendre à se sentir responsables de leur foyer, contrairement aux générations précédentes ». Elle rappelle également que pour que cela change, il est possible « d’être parfois absente, sans tout préparer et sans culpabiliser »: l’inversion des rôles est souvent plus efficace que la confrontation.